Manifestation de pompiers tout feu tout flamme à Mons ce
matin: je comprends leur combat, mais il n’en reste qu’ils m’ont sapé ma
matinée! Pris au piège dans le flot des voitures, je n’ai eu d’autre choix que
de les regarder cheminer, sur leurs grands et beaux camions, qu’ils avaient
sortis de leur caserne (d’Ali Baba) pour l’occasion! Je les entends, bien sûr,
mais il n’en reste pas moins que pour le coup, ils m’autopompent l’air! Je
brûle d’envie de les interpeler, mais je reste calme: inutile de jeter de
l’huile sur le feu. Sujet brûlant!

Je fulmine intérieurement, je bouillonne,
puis j’explose: «eh les gars, pourquoi manifestez-vous exactement?» L’un d’eux
se retourne: «nous protestons contre la réforme et la réorganisation des zones!
Nous sommes inquiets pour
notre avenir!» Sa réponse met le feu aux poudres, ses collègues aux alentours
font feu de tout bois: «Ils nous disent qu’il n’y pas de raison de monter au
créneau, mais il n’y a pas de fumée sans feu!» Un autre ajoute dans le feu de
l’action: «ils m’ont pratiquement dégouté de ce métier, j’ai perdu le feu
sacré.» Pris entre deux feux, je m’emploie à circonscrire l’incendie: «je vous
comprends, mais ne jouez pas avec le feu, vous risqueriez de vous brûler les
ailes!» Un autre me lance à brûle-pourpoint: «ils s’en fichent, j’en mets ma
main au feu! Tout ce qui compte pour eux, ce sont les feux de la rampe. Ils se
moquent de notre profession, alors qu’elle se meurt à petit feu.» «Vous avez
raison, mais il est inutile de mettre cette ville à feu et à sang, cela ne
résoudra pas vos problèmes. Écoutez, ne vous enflammez pas et prenez le temps
d’y réfléchir, il n’y a pas le feu finalement.» Mais ils ne décolèrent pas. Je viens de
brûler mes dernières cartouches: entre eux et moi, le torchon brûle. Feux de
détresse…

Et puis soudain, alors que je m’apprête à passer la journée
incarcéré dans ma voiture, j’entrevois une brèche dans la foule! Je m’y glisse,
tel un phénix renaissant de ses cendres, mais avec le feu aux trousses! Ça
marche! Pompier, bon œil, peut-être, mais cette fois, ils n’y ont vu que du feu.
Je suis libre! Et ça s’arrose!